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Le 601e et le 602e G.I.A...Ou les difficiles débuts des paras français.
Se rendre à Moscou, dans les années Trente, c'est changer de planète. Les trois officiers français qui arrivent au pays de Staline s'apprêtent à découvrir un monde mystérieux. Ce sont autant des explorateurs que des stagiaires.
Pour étudier la technique du parachutisme militaire soviétique, l'état-major a désigné le capitaine Geille, le capitaine Durieux et le commandant Charlet du Rieu. Ce dernier, qui commande le groupe, présente la silhouette classique de l'officier français tel qu'il est incarné par Pierre Fresnay dans La Grande illusion: sourire mondain, fines moustaches, dolman bleu horizon boutonné jusqu'au menton. Ses deux compagnons portent la tenue bleue sombre de l'armée de l'air. Autant Durieux apparaît mince et nerveux, autant Geille, se montre massif et calme. Ses yeux, très clairs, brûlent d'une flamme singulière. C'est un bagarreur et il a gagné au combat une croix de guerre éloquente.
PÉRIODE-CHARNIÈRE DE L'HISTOIRE DE L'EUROPE
La mission arrive en Russie au mois d'avril 1935.
Les trois officiers ont quitté une France qui vient d'être secouée par de rudes convulsions politiques: après les émeutes de février 1934, on semble s'acheminer vers une révolution, de droite ou de gauche. Et l'on est arrivé à une période-charnière de l'histoire de l'Europe. En France, le réarmement de l'Allemagne hitlérienne inquiète maintenant tout autant les révolutionnaires, jusqu'alors antimilitaristes, que les nationalistes. Les communistes français ont encore voté le 15 mars 1935, il Y a un mois, contre le service militaire de deux ans. Dans un mois, le 15 mai 1935, Pierre Laval, ministre des Affaires étrangères, reçu à Moscou, lira au micro de la capitale soviétique la fameuse phrase: « M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force au niveau de sa sécurité ». C'est la confirmation du pacte d'assistance mutuelle franco-soviétique signé à Paris le 2 mai, qui avait été préparé par le protocole Laval-Litvinov signé à Genève fin novembre 1934. Dès lors les communistes français deviennent militaristes.
L'armée française commence à croire à une prochaine guerre, et à la craindre difficile. Pour s'y préparer, et dans le cadre du rapprochement francosoviétique, elle accepte des contacts avec l'Armée rouge. Officiellement Charlet, Durieux et Geille ont été envoyés en U.R.S.S. uniquement « pour étudier le parachutisme sous l'angle du sauvetage individuel des aviateurs en difficulté» ainsi que le précise leur ordre de mission.
L'état-major français ne croit pas aux possibilités militaires du parachutisme. Il les ignore tout autant qu'il ignore l'emploi massif du char d'assaut et son emploi combiné avec l'avion de combat. Sauter en plein ciel ne semble utile aux bureaux de la rue Saint-Dominique que s'il s'agit d'abandonner un avion en détresse.
UN MOIS POUR DÉCOUVRIR LES PARAS DE L'ARMÉE ROUGE
Le stage va durer exactement un mois, du 15 avril au 15 mai 1935. Il se déroule sur le terrain d'aviation de Moscou- Touchino, non loin de la Moskova. Les trois officiers français, toujours escortés d'un Soviétique à binocles du nom de Loubartski qui leur sert d'interprète et un peu de surveillant, découvrent le monde fascinant des « hommes-oiseaux ». Leur instructeur, le capitaine Zabeline, un colosse au crâne entièrement rasé et à la poitrine couverte de décorations, accueille ses stagiaires avec de grandes démonstrations d'enthousiasme et les confie à deux de ses meilleurs moniteurs: Moskovski et Rounov.
L'entraînement au saut commence.
Pour être breveté parachutiste en Union soviétique, il faut avoir exécuté douze sauts de difficulté croissante: un premier saut à ouverture automatique où il suffit de se lancer dans le vide en position correcte, huit sauts à ouverture commandée rendus de plus en plus périlleux par les positions de l'avion que le pilote manœuvre en piqué, en virage et même en spirale, trois sauts enfin à ouverture retardée où le parachutiste doit compter trois, cinq et enfin huit secondes avant de tirer la poignée d'ouverture.
C'est de l'acrobatie! constatent Durieux et Geille, assez admiratifs devant les exercices de haute voltige de leurs camarades soviétiques.
Le capitaine Geille se révèle un bon élève. Les Russes reconnaissent même en lui un casse-cou de leur trempe. Ils lui décernent le brevet officiel d'instructeur en chef de parachutisme.
EN U.R.S.S., L'ARME PARACHUTISTE EST NÉE
Le stage à Touchino a été bref. Mais il a permis à Geille et à ses deux camarades de découvrir l'importance capitale du parachutisme dans l'Armée rouge. Pour les Russes, et surtout pour le jeune maréchal Toukhatchevski, future victime des purges staliniennes, le parachute n'est pas seulement une sorte de bouée de sauvetage pour aviateurs en détresse. C'est un moyen exceptionnel pour transporter des combattants d'élite au cœur même du dispositif ennemi.
Dès 1930, lors des grandes manœuvres d'été, le lieutenant Moskovski a été largué avec dix volontaires sur les arrières du parti adverse. Les parachutistes, sitôt arrivés au sol, se sont transformés en combattants, surgissant là où personne ne les attendait; ils se sont emparés sans coup férir d'un poste de commandement de corps d'armée.
A la différence de l'état-major français, l'état-major soviétique a cru aussitôt aux possibilités révolutionnaires de la nouvelle tactique. Un détachement parachutiste expérimental est créé. Dès 1932, des volontaires constituent les premiers bataillons parachutistes russes. Ce sont des unités d'un demi millier d'hommes possédant leur autonomie de transport: une vingtaine d'appareils. Ces bataillons tiennent garnison aux abords des grandes capitales soviétiques:
Moscou, Leningrad, Kiev et Vladivostok.
L'arme parachutiste est née.
Les moniteurs sont formés à l'école de Touchino, où Geille et ses camarades ....
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...Les certitudes se nourrissent de l'ignorance..