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 La guerre ...au ras des pâquerettes

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paracolo
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Nombre de messages: 13199
Date d'inscription: 07/12/2006

MessageSujet: La guerre ...au ras des pâquerettes   Ven 29 Fév 2008 - 17:09

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La guerre ...au ras des pâquerettes




Loin des récits de combats, avec bilan, héroïsme et courage, loin des grandes unités manoeuvrant savamment, voyons donc ce qui se passe au jour le jour, au ras des pâquerettes :

Un vieux carnet J…. y a noté ses pérégrinations, au jour le jour, laissons le nous raconter :

Vendredi 11 avril.
Je fais connaissance avec ma nouvelle compagnie. Je suis affecté à la 1re section de la 3e compagnie.
Je suis un peu refroidi par l'accueil qui m'est fait.

- Tu sais où tu es tombé? Tout simplement dans la compagnie-suicide, mon vieux, on ne fait pas de vieilles croûtes ici!...
- Ah, tu étais dans les Aurès? Eh bien, si tu avais de la merde jusqu'aux genoux, ici, t'en auras jusqu'au cou!...

Il faut dire que j'arrive dans un contexte très particulier. Le régiment a beaucoup souffert. La «3 », pour sa part, a dû dissoudre une section et l'effectif des trois autres est singulièrement réduit.
Je fais plus ample connaissance avec les cadres et mes nouveaux camarades de section durant cette semaine où nous sommes affectés à la garde du camp de munitions de la ville.

Dimanche 20.
Opération, ce matin, du côté de Lambèse. Dur crapahut dans un terrain très broussailleux. Je marche en équipe voltige avec un fusil à lunette pour armement.
Rien à signaler sur le plan rebelles. Même genre de ratissage le lendemain à Mac-Mahon. On se dégourdit un peu les jambes.

Mercredi 23.
Nous préparons nos sacs pour un départ éventuel de plusieurs jours. Ordres et contrordres suivent comme il se doit. «Embarquez!... Débarquez!... Formez les faisceaux!... Embarquez!... Débarquez!... », Jusqu’à vendredi comme cela, ça finit par être lassant. L'ordre, le bon cette fois, arrive. Nous partons pour Constantine à 120 kilomètres à l'est. Nous sommes hébergés au camp Fray.

Samedi 26.
«Au jus là-d'dans. » Question de gueuler car nous n'avons pas le temps de nous réchauffer l'estomac. Ma montre marque 3 h 30. Tout juste le temps d'écouter la gueulante du sergent de semaine, les moteurs des bahuts ronflent déjà. Nous nous dirigeons en direction d'EI-Milia à proximité de la presqu'île de Collo. A 7 heures nous débarquons. Les «bananes» semblent pressées de nous avaler. Ce mode de transport rapide a néanmoins l'inconvénient d'être fort bruyant.
Nous sommes déposés sur un piton très élevé et procédons aussitôt au regroupement des sections.
Participent à cette opération montée sur renseignement: les parachutistes de quatre autres régiments, ainsi que d'autres régiments chargés du bouclage du dispositif.
Immense ceinture autour de l'objectif principal : une très longue crête recouverte de chênes-lièges.
Le R.E.P. y est directement héliporté tandis qu'une vingtaine d'avions mitraillent et arrosent la forêt.

A 9 heures quelques coups de feu claquent.

A 12 heures la grosse sérénade se déclenche entre la bande rebelle et les bérets verts. L'aviation dans une noria incessante déverse bombes et bidons de napalm.
De notre côté, nous effectuons un petit ratissage qui ne donne rien, nous attendons un moment puis la progression reprend. Plusieurs mechtas dissimulées dans un oued apparaissent. Nous en sortons femmes et enfants, familles de« fells» qui sont là-haut à se battre. Nous les envoyons sur le P.C.
Étant en zone interdite, nous brûlons les maisons et abattons plusieurs mulets.
La 2e compagnie accroche de l'autre côté de l'oued.
Nous y allons. Les rafales deviennent plus distinctes, l'odeur de poudre flotte dans l'air et des sifflements significatifs nous font baisser la tête. Récupération en chemin d'un «fellouse» sans arme planqué dans un buisson.
Une cache souterraine est découverte. Nous en sortons un stock de ravitaillement qui va aussitôt dans nos musettes. Une batterie de cuisine toute neuve remonte à la surface, de quoi faire la soupe à un régiment. Tandis que nous faisons l'inventaire de notre découverte, la situation semble s'aggraver sur les lieux des accrochages. Un petit mamelon nous sépare des belligérants.
Durant deux heures nous attendons, essayant de deviner ce qui se passe à quelques mètres de nous.
La nuit approche. Soudain, un frisson me parcourt le corps.
Une série d'explosions déchirent l'air suivies de la sarabande effrénée des mitraillettes: fond sonore classique de l'assaut. Il y a du drame dans l'air à quelques pas de nous. Puis, un silence de mort succède au vacarme. A nouveau, grenades et mitraillettes entrent en action. Cette fois, c'est dans la forêt en face de nous que ça se passe. Il faut en finir avant la nuit.
Chargés de notre «butin» nous retraversons l'oued et rejoignons le P.C. sur un terre-plein où nous allons passer la nuit.
Premières nouvelles de la 2e compagnie qui tout à l'heure a lancé un assaut violent: 9 morts dont un officier, un sous-officier, 5 blessés. Elle a eu la malchance de tomber sur un petit groupe parfaitement retranché. Dans ces cas-là, les assaillants sont en position d'infériorité. 5 fels ont été tués et plusieurs autres faits prisonniers.

La nuit est froide mais supportable. Les « Dassault» tournent inlassablement dans le ciel, arrosant le théâtre des opérations de lucioles.
Ce sont des sortes de feux de bengale accrochés à de petits parachutes, descendant lentement et éclairant pendant de longues minutes le paysage. Tant que l'assoupissement tarde, c'est un passe-temps que de regarder ces lumières vives dégringoler en douceur du ciel, nous aveugler à l'approche du sol et s'éteindre brusquement dans les fourrés tandis qu'une nouvelle boule de feu apparaît.

Les hystériques de la détente s'en donnent à cœur joie cette nuit. Les rafales crépitent à chaque instant, les balles traçantes se croisent tous azimuts. Au lever du jour, évacuation de nos blessés et morts.
Par ordre supérieur, les prisonniers grossiront le lourd bilan des pertes rebelles de cette opération: 200 cadavres, résultat en majeure partie obtenu par les moyens lourds. Le R.E.P. récupère un armement très important, mais déplore également 9 tués et une trentaine de blessés.
Ce secteur servait de base d'entraînement aux recrues du F.L.N.
L'opération est terminée pour nous. Pénible retour l'après-midi. Un soleil implacable et un terrain très accidenté obligeront l'hélicoptère à évacuer plusieurs d'entre nous, victimes d'un épuisement total. A 23 heures nous arrivons à Batna et ce n'est qu'un bond vers les plumards.

Mardi 29.
Départ en opération à 8 h 30....


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